Pourquoi comprendre ne suffit-il pas toujours à changer ?

On peut avoir compris beaucoup de choses sur soi.

Comprendre pourquoi certaines situations nous angoissent. Pourquoi nous choisissons souvent le même type de partenaire. Pourquoi nous avons tant de mal à dire non. Pourquoi certaines paroles nous blessent davantage que d'autres. Pourquoi nous nous épuisons à vouloir tout contrôler ou à répondre aux attentes des autres.

Et pourtant, malgré cette compréhension, quelque chose se répète.

On se surprend alors à penser :

« Je sais très bien pourquoi je fais ça… alors pourquoi est-ce que je continue ? »

Cette question revient souvent en thérapie. Et elle touche à quelque chose d'essentiel : comprendre intellectuellement son fonctionnement et parvenir à le transformer ne sont pas exactement la même chose.

Nous ne fonctionnons pas uniquement avec ce que nous savons

Nous aimons penser que lorsque nous avons identifié la cause d'un problème, nous devrions pouvoir le résoudre.

Dans beaucoup de domaines, cela fonctionne ainsi.

Mais notre vie intérieure est plus complexe.

Certains de nos comportements, certaines réactions émotionnelles ou certaines manières d'entrer en relation se sont construits progressivement, parfois très tôt dans notre histoire.

Ils ont pu avoir, à un moment donné, une fonction.

Se taire pour éviter un conflit.
S'adapter pour préserver une relation.
Tout contrôler pour se sentir en sécurité.
Chercher constamment l'approbation pour se rassurer.
Ne dépendre de personne pour ne pas risquer d'être déçu.

Avec le temps, ces façons de fonctionner deviennent presque automatiques.

Nous pouvons aujourd'hui comprendre qu'elles nous font souffrir, tout en continuant à les reproduire.

Freud : une partie de nous échappe à notre volonté

C'est précisément l'une des grandes découvertes de Freud : nous ne sommes pas entièrement gouvernés par notre volonté consciente.

Une partie de ce qui influence nos choix, nos réactions et nos relations reste inconsciente.

C'est pourquoi une phrase comme :

« Maintenant que j'ai compris, je ne le ferai plus »

ne suffit pas toujours.

On peut savoir qu'une relation nous fait souffrir et avoir du mal à la quitter.

On peut savoir que l'on n'a pas besoin d'être parfait et continuer à vivre chaque erreur comme un échec.

On peut savoir que l'on devrait poser davantage de limites et ressentir pourtant une immense culpabilité dès que l'on dit non.

Ce décalage entre ce que nous savons et ce que nous ressentons est souvent précisément l'endroit où commence le travail thérapeutique.

Pourquoi répétons-nous ce qui nous fait souffrir ?

C'est l'un des paradoxes les plus troublants de notre fonctionnement psychique.

Pourquoi retourner vers ce que nous savons douloureux ?

Pourquoi reproduire certaines situations alors que nous les reconnaissons désormais ?

Parce que ce qui est familier exerce parfois une force considérable sur nous.

Une manière d'aimer, de nous protéger ou d'obtenir la reconnaissance peut continuer à fonctionner longtemps après que les circonstances qui l'ont fait naître ont disparu.

Nous ne répétons donc pas nécessairement parce que nous « n'avons rien compris ».

Nous pouvons répéter parce qu'une partie de nous n'a pas encore trouvé une autre manière de faire.

Comprendre est pourtant indispensable

Cela ne signifie évidemment pas que comprendre ne sert à rien.

Au contraire.

Mettre des mots sur ce que l'on vit permet de commencer à regarder autrement ce qui, jusque-là, semblait simplement faire partie de nous.

On commence à reconnaître certaines répétitions.

À repérer ce qui déclenche une réaction.

À faire des liens entre notre histoire et notre manière actuelle de vivre les relations.

Mais cette compréhension constitue souvent le début du changement, pas son aboutissement.

Il faut parfois du temps pour qu'une compréhension intellectuelle devienne une expérience intérieure différente.

Le changement se construit aussi dans l'expérience

C'est ici que la relation thérapeutique prend toute son importance.

La thérapie n'est pas seulement un lieu où l'on explique son passé.

C'est aussi un espace dans lequel certaines manières d'être en relation peuvent apparaître, être observées et progressivement vécues autrement.

Pouvoir parler sans craindre immédiatement le jugement.

Exprimer un désaccord sans perdre la relation.

Dire non sans être rejeté.

Reconnaître une émotion plutôt que de devoir immédiatement la contrôler.

Peu à peu, une autre expérience devient possible.

Et ce qui était uniquement compris commence parfois à être véritablement intégré.

« Mais j'ai compris tout cela depuis longtemps… »

Cette phrase peut être accompagnée d'une grande frustration.

Parfois même d'une forme de culpabilité :

« Si je comprends et que je continue, c'est que je ne fais pas assez d'efforts. »

Je crois qu'il est important de sortir de cette logique.

Nos mécanismes les plus anciens ne disparaissent pas sur ordre.

Certains nous ont accompagnés pendant vingt, trente ou cinquante ans.

Il serait étonnant qu'une prise de conscience suffise à les faire disparaître instantanément.

Le changement peut être beaucoup plus discret.

Réagir un peu différemment.

Reconnaître plus rapidement ce qui se passe.

Ne plus rester aussi longtemps dans une situation qui nous fait souffrir.

Oser dire quelque chose que l'on aurait autrefois gardé pour soi.

Ces petits déplacements sont déjà des changements.

Comprendre ouvre une porte

La psychanalyse ne consiste donc pas seulement à chercher des explications dans le passé.

Elle cherche à comprendre comment notre histoire continue à vivre dans le présent.

Dans nos choix.

Dans nos peurs.

Dans nos relations.

Dans ce que nous répétons malgré nous.

Comprendre permet alors de commencer à distinguer ce qui appartient encore à notre histoire de ce que nous souhaitons réellement aujourd'hui.

Et peut-être que le changement commence précisément là :

non pas lorsque nous décidons brutalement de devenir quelqu'un d'autre, mais lorsque nous pouvons progressivement vivre autrement ce que nous avions toujours vécu de la même manière.

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