"Je tombe toujours amoureuse d'hommes qui ne veulent pas vraiment de moi."

Cette phrase, je l'entends sous des formes différentes dans mon cabinet.

Les prénoms changent. Les histoires aussi. Pourtant, une impression revient souvent : celle de vivre encore et encore le même scénario.

Claire (le prénom a été modifié) approchait de la quarantaine lorsqu'elle est venue consulter. Elle parlait d'une succession de relations qui semblaient étrangement se ressembler. Chaque rencontre débutait avec beaucoup d'espoir. Très vite pourtant, elle retrouvait un partenaire émotionnellement distant, hésitant, parfois déjà engagé ailleurs. À chaque rupture, elle concluait avec tristesse :

« Je n'ai vraiment pas de chance en amour. »

Cette explication est profondément humaine. Elle permet de croire que la prochaine rencontre sera enfin différente.

Pourtant, la psychanalyse invite à poser une autre question.

Et si le hasard n'était pas le seul à l'œuvre ?

Ce qui se répète n'est pas toujours conscient

Freud observait déjà que certaines expériences tendent à se répéter malgré la souffrance qu'elles provoquent. Il parlait de compulsion de répétition.

Il ne s'agit pas d'une volonté de souffrir.

Encore moins d'un manque de confiance en soi.

Il s'agit souvent d'une manière inconsciente de retrouver une configuration affective ancienne, familière, parfois construite dès les premières relations de notre vie.

Nous ne choisissons pas uniquement une personne.

Nous choisissons aussi, sans toujours le savoir, une manière d'aimer.

Pourquoi le même scénario revient-il ?

Lorsque certaines blessures n'ont jamais pu être véritablement élaborées, elles continuent parfois de chercher une issue.

L'inconscient ne fonctionne pas comme une mémoire qui raconterait le passé.

Il le remet en scène.

Sous d'autres visages.

Dans d'autres histoires.

Avec l'espoir silencieux qu'une fin différente devienne enfin possible.

C'est pourquoi certaines personnes ont le sentiment de reconnaître leurs partenaires avant même de les connaître réellement.

Elles reconnaissent, en réalité, une émotion déjà ancienne.

Le cinéma raconte souvent ce que la psychanalyse observe

Parmi les films qui évoquent avec une grande finesse cette logique du désir, In the Mood for Love de Wong Kar-wai occupe une place particulière.

Les deux personnages principaux pourraient vivre une histoire d'amour.

Pourtant, quelque chose les retient constamment.

Le désir semble devoir rester impossible pour continuer d'exister.

Ce film ne parle pas seulement d'une rencontre manquée.

Il interroge ce qui, en chacun de nous, reste parfois fidèle à une histoire plus ancienne que notre vie amoureuse actuelle.

C'est peut-être pour cela qu'il touche autant de spectateurs.

Nous y reconnaissons quelque chose qui dépasse les personnages eux-mêmes.

Comprendre plutôt que corriger

La psychanalyse ne cherche pas à apprendre à choisir un « meilleur partenaire ».

Elle cherche à comprendre pourquoi certains choix nous paraissent presque évidents, alors même qu'ils nous conduisent toujours vers la même souffrance.

Lorsque cette logique devient peu à peu consciente, une autre liberté apparaît.

Non pas celle d'oublier son histoire.

Mais celle de ne plus être condamné à la rejouer.

Pour aller plus loin

À voir :

  • In the Mood for Love – Wong Kar-wai (2000)

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Olga Kroutolapova
Psychanalyste & Psychothérapeute
Consultations en français, russe et anglais
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